N'oublie pas que la vie t'aime-Scan couv

               Un recueil de treize Nouvelles

A mes sœurs d’ombre et de lumière, Iris, Lila, Violette, Jasmine, Rose, Tulipe, Dalhia, Pivoine, Fleur, Camélia, Capucine, Jacinthe.

 

A toutes les femmes qui poussent entre les dalles des villes, au sommet des montagnes, au creux des vallées, dans le secret du désert, à celles qui chantent aux fond des océans, des lacs et des rivières, aux danseuses du ciel, à toutes les passeuses de vie, à leur inexprimable beauté et à ceux qui peuvent les aimer.

 

A ma maman.

Pourquoi ce livre ?

 

Nous sommes là où se fait notre histoire : au présent de notre vie. Sur cette voie aux étapes multiples, nous avons rendez-vous avec l’amour, avec la mort, avec la joie, la violence et la haine, l’amitié, la beauté, la bonté, l’ivresse, la folie, la sagesse, la solitude. La colère, l’ignorance et les passions. Nous ne pouvons que marcher. Marcher. Marcher. Jusqu’à ce que la mort nous emporte. Nous trébuchons, nous chutons, nous nous redressons, nous dansons,…tant que le souffle nous emporte.

N’oublie pas que la vie t’aime, c’est ce que Régine Krochmal, ma grand-mère de cœur, me disait lorsque, essoufflée, j’avais besoin de réconfort. Grande résistante et prisonnière politique durant la seconde guerre mondiale, elle m’a transmis que tout ce qui compte, c’est de vivre avec un cœur grand ouvert, et d’aimer, envers et contre tout. Tel est la voie sacrée du guerrier.

 

Ce recueil est une invitation à la résilience. Une ode à l’Amour, à l’œuvre d’art que peut devenir notre vie. Les textes qui le composent ont  jailli de moi. Je n’ai rien voulu écrire. Tout était déjà là, au bord du gouffre des rêves et des souvenirs. Il m’a fallu trouver le courage d’accepter d’y plonger, et, telle le Phoenix, me laisser transporter par-delà cimes, abysses et abîmes : là où se fait notre histoire.

Extrait de  " Le petit cirque du ciel"

Une échelle debout dans l’herbe, repose sur le vide, disparaît dans les nuages. Des trapèzes tombent du ciel ; des hommes et des femmes tout blancs, presque transparents, virevoltent, les bras tendus vers la Terre. Un funambule traverse un nuage plume. Depuis le bas de l’échelle, Jasmine le regarde. Il lui tend la main. Elle aimerait l’attraper… trop loin ! Sur le premier échelon, elle tente de poser son pied gauche, impossible de le soulever, il est si lourd qu’il reste plaqué au sol. Elle essaie de lever le pied droit, tellement pesant lui aussi que bientôt, tout son corps se fige, retenu par un flux glacé, une étrange présence froide et silencieuse qui avancerait dans son dos… des sifflements, des yeux…Le froid grandit ! Jasmine tremble, elle voudrait saisir la main du funambule du ciel mais elle est paralysée. Le froid grandit grandit, lentement Jasmine tourne la tête puis les yeux, des dizaines de gros serpents tout noirs, des cobras, rampent en sifflant. Elle est glacée. Les trapèzes, il y en a quatre,  se croisent et se recroisent devant ses yeux avec ces hommes et ces femmes qui lui tendent les bras, Jasmine voudrait s’y accrocher mais…plus rien ne bouge, son corps est gelé. Les cobras montrent des crocs acérées, plus que vingt centimètres et…impossible de résister, elle est aspirée toute entière, elle tourne dans leur gueule béante, elle fond, elle devient molle, de plus en plus molle, de plus en plus lente, de plus en plus lourde, dans son ventre ça chatouille, comme si elle atterrissait, elle sursaute, ouvre les yeux…noir. Il fait tout noir. Où est passé le petit cirque du ciel ? 

Une odeur de cierge refroidi la ramène dans le monde des vivants. Elle est étendue dans un lit, au milieu du froid de la petite cabane de bois qui la protège. C’est la nuit de Noël. La neige épaisse couvre de silence la communauté de Tibériade. Il aurait fallu peu de choses pour que Jasmine s’endorme ailleurs.